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France Bleu Maine

24/12/2013 Les experts : l'addiction aux écrans.

29/11/2013 Les experts : la précocité intellectuelle. Réécouter ici

Sébastien VAUMORON

Thérapies enfant, adolescent, adulte.

Bilans neuropsychologiques : WPPSI 4, WISC 5, WAIS 4, NEPSY 2, ADOS 2

Prise de rdv enfant adolescent au Mans et à Angers

Prise de rdv adulte au Mans et à Angers

TDA/H et la France

 

En France, le diagnostic du Trouble du Déficit de l’Attention avec/sans Hyperactivité (TDA/H) est très controversé pour de nombreuses raisons. C'est d'ailleurs une exception française, alors que dans les autres pays d'Europe on prend en compte de déficit attentionnel et des fonctions exécutives.

Historiquement, la neuropsychiatrie française s’est scindée en deux à la fin de l’année 1968 pour devenir d’un côté la psychiatrie, et de l’autre côté la neurologie. Psychiatres et neurologues ont ainsi continué à avancer, mais chacun de leur côté. A la même époque, la France connaît un développement important de la psychanalyse par la relecture des textes de Freud (1856-1939) que le psychiatre Jacques Lacan (1901-1981) fait depuis les années 50, avant de développer ses propres théories psychanalytiques. Cela fait qu’aujourd'hui en France, la psychiatrie et la psychologie sont très marquées par la psychanalyse qui a longtemps été dominante, et pas du tout par les neurosciences qui se sont développées après Lacan.

Ainsi, la psychiatrie s’est donc fortement éloignée de la neurologie pour se rapprocher, voire se confondre avec la psychanalyse, et la psychologie a suivi le même chemin. D’ailleurs, il est fréquent de voir des psychologues ou psychiatres se présenter comme « psychanalystes » lors de conférences, de débats, de publications d’articles ou de livres, alors qu’ils sont "d'abord" médecins psychiatres ou psychologues.

A cela s’ajoute le fait que la psychanalyse française, le plus généralement pratiquée par des psychologues et psychiatres qui s'en cachent, s’oppose fortement pour des raisons identitaires et idéologiques à la psychiatrie américaine, et à l'outil d'aide au diagnostique qu'est le DSM (Manuel Statistique de Diagnostic), lequel permet pourtant d'aider au diagnostic différentiel, alors que la psychanalyse classe tout selon le modèle freudien en névrose ou psychose (parfois perversion). A noter qu'il existe aussi la CIM 10 (Classification Internationale des Maladies), équivalent européen du DSM, mais qui ne génère pas autant d'opposition que le DSM. Pourtant, c'est quasiment la même chose, sauf que ce n'est pas américain.

Dans ce contexte historique et théorique complexe, la majorité du monde psy français (environ plus de 90%) déclare que le TDA/H n’existe pas, que c'est une invention américaine sécuritaire et pour vendre des médicaments. Vu le prix de ces médicaments, c'est bien plus lucratif  de vendre des vitamines ou du magnésium en faisant croire que les enfants sauront mieux leurs tables de multiplication. Parfois, certains psys font des jeux de mots, et disent que ce n’est pas un « trouble du comportement » mais un « comportement troublé ». Ils font alors entrer les symptômes relevés chez ces enfants inattentifs, éventuellement avec de l'agitation, voire de l'opposition, dans les catégories nosographiques de névrose ou de psychose datant d’un siècle (Freud), ou d’un demi-siècle (Lacan) en fermant les yeux sur les avancées considérables de la neurologie, de l'imagerie cérébrale, des neurosciences etc. Le symptôme est alors considéré comme psychologique et relié à l’Inconscient, et il aurait alors une fonction dans l’économie psychique de l’enfant, voire dans celle de la famille. Mais il ne faut pas confondre les causes et les conséquences. Cela n'a pas de fonction dans l’économie psychique de l’enfant et de la famille, mais cela a des conséquences auxquelles les familles tentent de faire face en suppléant aux difficultés de l'enfant.

Seulement, cette vision borgne de la psychologie et de la psychiatrie française s'étend aussi dans le domaine éducatif (enseignement, services sociaux) qui sont fortement marqués par la psychanalyse qui a généralement en charge les analyses de pratique du personnel éducateur, assistante sociale, psychologue des services sociaux, des CMP, CMPP etc. Il agissent très souvent comme Procuste, ce personnage imaginaire de l'Antiquité qui fabriquait des lits identiques et voulait qu'ils correspondent à la taille de tous, ce qui est évidemment impossible. Donc, au lieu d'adapter le lit aux mesures des personnes, soit Procuste coupait les jambes trop longues, soit il étirait les jambes trop courtes.

 

Ce dogme psychanalytique mène à de fréquentes aberrations de diagnostic, allant de l'enseignant qui n'a aucune formation médicale, psychologique ou neuropsychologique sur le développement de l'enfant, et qui affirme au parents "ah non, votre enfant n'est pas hyperactif, il ne court pas partout". Ce serait comme demander à son boulanger si nos douleurs abdominales (appendicite par exemple) sont dues à la baguette avec ou sans graines. Mieux vaut demander à son médecin... Pourtant, il existe des outils de pré-diagnostic à destination des enseignants.

Mais parfois, ces aberrations viennent de pédopsychiatres qui ignorent certains diagnostics car, selon eux, tout doit être psychologique. Ainsi, il y a le cas d'une petite fille de 8 ans avait une dyscalculie. Seulement, ses parents étaient séparés depuis qu'elle était en Grande Section, ce qui n'a pas manqué d'attirer toute l'attention du médecin pédopsychiatre du CMP qui a bien sûr donné à ces difficultés cognitives d'apprentissage, une origine psychologique, disant à cette petite fille en présence de sa maman : "c'est normal que tu n'arrives pas à apprendre à compter, car tu ne comptes pas pour ton père". Outre le fait qu'il y a un glissement sub-délirant de la signification du verbe "compter", ce qui est inquiétant, cela aggrave la perception que pouvait avoir cette petite fille de la situation familiale. De plus, la prise en charge thérapeutique faite d'activité de dessins et de jeu de Uno une fois par semaine avec la pédopsychiatre et la psychologue du CMP n'a évidemment jamais résolu les problèmes de cette fille. La conclusion médicale a été que la famille était dans un blocage avec le projet de soin, et que la fille n'était pas prête à accepter la réalité psychoaffective. Bien entendu, aucun bilan neuropsychologique n'a été fait pour cette fille, aucun bilan logico-mathématique non plus, alors qu'elle venait pour un trouble de l'apprentissage du calcul.

Autre exemple d'interprétation psychologique pour un adolescent à fort déficit attentionnel, et en difficulté d'apprentissage au lycée. La maman est très inquiète et met en place depuis des années de nombreuses aides pour son fils, car elle a elle-même connu des difficultés durant sa scolarité et elle souhaite éviter cela à son fils. La psychologue accuse à la mère de projeter ses angoisses sur son fils, ce qui mettrait le fils dans un conflit de loyauté (je dois avoir des difficultés pour être loyal à maman et être aimé par elle). La mère serait donc la cause des difficultés d'apprentissage du fils qui n'aurait évidemment rien. Or, la maman compense depuis des années ces difficultés chez son fils pour éviter l'échec scolaire. Évidemment, cette psychologue ignore ce qu'est le TDA/H, que c'est neurologique, génétique et héréditaire, et que le fils a "hérité" de sa mère un TDA (sans hyperactivité) qui amène des difficultés d'apprentissage. Les préconisations faites ont été de laisser ce lycéen en difficulté scolaire sans aide pour qu'il se prenne en charge tout seul. On devine la suite...

 

Et pourtant, la littérature médicale décrit l’observation d’enfants inattentifs et agités depuis la seconde moitié du XVIIIème siècle, bien avant la naissance de la psychanalyse. Et la Haute Autorité de la Santé française a enfin donné des préconisations pour les professionnels de santé (lire ici), basées sur la recherche médicale, neurologique, neuropsychologique, ce qui a en France moins de poids que les théories freudienne datant de 100 ans.